Voilà sans aucun doute la question la plus fréquente que l’on me pose depuis plusieurs mois, à la sortie de la Messe dominicale. En effet, il n’est pratiquement pas une semaine sans que l’on apprenne un décès, un accident, une maladie, la perte d’un emploi, ou tout autre évènement malheureux.
Le terrible drame qui a frappé il y a quelques jours une famille proche de nous a encore accentué ce sentiment de tristesse et d’incompréhension, peut-être même de découragement chez certains. « Eh, quoi ! Le Bon Dieu nous abandonne-t-il ? Pourquoi nous éprouve-t-il de la sorte ? »
Saint-Exupéry, face à ces mouvements de révolte intérieurs, trouvait un grand apaisement en posant un acte de foi et d’humilité : « Lorsque je m’indigne, Seigneur, c’est que je n’ai pas encore compris. » Et il y a des choses que nous ne comprendrons qu’au Ciel…
Gardons-nous bien de juger Celui qui sera notre juge suprême, et qui seul peut connaître les raisons profondes de nos malheurs. Gardons-nous également de réagir comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Si le Seigneur permet que nous soyons chargés de fardeaux, il ne permet jamais que nous soyons écrasés par ceux-ci.
Que voyons-nous le plus souvent dans notre vie chrétienne ? Une tapisserie à l’envers : autrement dit, des entrelacs de fils qui n’ont aucune harmonie, aucun sens, aucune cohérence.
Mais que voit le Seigneur de son côté ? La même tapisserie, mais à l’endroit, belle, ordonnée, ouvrage d’une Providence qui ne connaît ni erreur ni échec, mais qui allie au contraire science, sagesse, justice, bonté et miséricorde. Si nous savions tout ce que Dieu sait, nous voudrions tout ce qu’il veut.
Pouvons-nous quantifier tous les bienfaits dus à l’intercession d’un petit enfant qui, sans aucun doute possible, est déjà au Ciel et qui goûte une joie parfaite ?
Pouvons-nous mesurer la force de l’exemple d’une mère héroïque qui a donné sa vie pour essayer de sauver son fils ?
Pouvons-nous connaître toutes les grâces qui sont accordées par le Seigneur par le biais de celles et de ceux qui offrent leurs tourments, leurs larmes, les douleurs d’une maladie ou les angoisses dues à de multiples causes ?
La plus belle prière du Christ, celle qui émanait d’une nature humaine broyée par la douleur, nous devons nous aussi la redire dans ces moments pénibles : « Non pas ma volonté, mais la vôtre ! »
Et le pape Clément XI de développer cet acte d’offrande pour le rendre plus explicite encore : « Seigneur, je veux ce que vous voulez, parce que vous le voulez, comme vous le voulez, et autant que vous le voulez. »
Dieu nous abandonne-t-Il ? Non, Il nous donne des intercesseurs, Il nous donne des exemples, Il nous donne des coopérateurs généreux qui achèvent en leur chair ce qui manque à la Passion du Christ. Par ces moyens, Il déverse sur notre pauvre monde des torrents de grâces, le plus souvent invisibles à nos yeux : une guérison, une conversion, une vocation, une réconciliation dans un foyer… Lui seul est capable de relier dans le temps et dans l'espace telle souffrance à tel bonheur qui ne peut trouver son origine nulle part, sinon en Dieu.
C’est ainsi que le premiers Chrétiens se consolaient durant les persécutions. C’est ainsi que nos familles chrétiennes vivaient autrefois les deuils et les épreuves lors des guerres qui leur ôtaient un père et parfois plusieurs fils. C’est ainsi que nous devons nous aussi vivre cette accumulation de malheurs qui frappent notre communauté.
Gardons au fond de nos cœurs meurtris et endeuillés la certitude que ces moments difficiles nous permettent de grandir dans la foi, dans l’espérance, et dans la charité.
Dans la foi, puisqu’une épreuve, quelle qu’elle soit, doit nous donner l’occasion de croire plus que jamais en Celui qui sait tout et qui peut tout.
Dans l’espérance, puisque tout ce qui nous arrive de pénible doit nous motiver pour jeter un regard vers le Ciel et vers les biens qui demeureront éternellement.
Dans la charité, enfin, puisque nous pouvons nous aider à porter nos fardeaux, par la prière ou par l’entraide.
Daigne Notre-Dame nous protéger et nous aider à vivre toujours plus dans la confiance et dans l’abandon à la volonté divine !
Abbé Philippe Jouachim, FSSP
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